Article traduit et adapté par Ysis du livre Italian Witchcraft de Raven Grimassi

moon-1783296_1280Le phénomène relatif à la lune, qui attire l’humain depuis le début des temps, est son cycle : croissant et décroissant. Plusieurs anciens peuples liaient ce cycle aux concepts de gains et de pertes, de fertilité, ainsi qu’aux concepts d’évolution et de mort. Le culte lunaire est connecté, sans aucun doute, aux changements de l’aspect de la Lune et à sa forte luminosité dans le ciel de la nuit. La Lune elle-même devint l’aspect central des différents cultes lunaires et était considérée comme étant la Déesse en soi.

enrico-coleman-speculum-dianae-19091Dans le sanctuaire de Diane, au Lac Nemi (Italie), la Lune était perçue comme l’endroit secret de la Déesse Diane et ses comparses et aussi comme l’endroit qui recevait les Sorcières après leur mort physique. Certaines Strega (Sorcières italiennes) croyaient et croient encore que le côté sombre de la Lune est le sanctuaire sacré de Diane. Les Sorcières de la tradition Janarra* (*tradition de la Stregheria de la magie lunaire), qui sont probablement les descendants des Sorcières qui vivaient le Culte de Nemi, pratiquent une forme de ritualisation lunaire qui date depuis la nuit des temps. Les initiés qui décident de devenir prêtres ou prêtresses font leur initiation nus et leur corps est “peint” en blanc. Ils utilisent habituellement une poudre blanche qui est appliquée sur tout le corps, incluant les cheveux.

Les rites d’Initiation sont liés aux phases lunaires. Le Premier Degré est lié à la Nouvelle Lune, le Second à la Demi Lune et le Troisième à la Pleine Lune, et la phase de la “mort physique” est liée à la Lune Décroissante et est considérée comme un Rite d’Initiation au sein du Grand Mystère. Il existe donc quatre degrés d’Initiation, en concordance avec les phases lunaires.

Les rites et les croyances liés à la Lune varient selon les continents du monde, dépendant des traditions qui vivaient un Culte Lunaire. Entre le Tropique du Capricorne et le Tropique du Cancer, la Lune est considérée comme étant féminine. Toutefois, plusieurs anciens peuples, comme les Aborigènes d’Australie et certaines tribus du Brésil, voyaient la Lune comme étant un symbole masculin. Presque tous les peuples basés sur le Culte Lunaire liaient le cycle de la Lune avec le cycle de la fertilité humaine, ainsi qu’avec la vie et la mort.

Parfois, l’on croyait que la Lune, étant un être céleste, vivaient des rencontres diverses avec d’autres êtres célestes. Plusieurs peuples croyaient que les trois jours sombres de la Lune étaient le résultat de créatures maléfiques qui dévoraient celle-ci pour ensuite la régurgiter. L’éclipse lunaire était interprétée de plusieurs manières. Cela allait de la visite de la déesse lunaire sur la Terre, au folklore des sorcières italiennes qui croyaient que le soleil et la lune s’accouplaient de temps à autres afin de donner naissance à de nouvelles étoiles (pour remplacer celles qui sont tombées). Même les Hébreux de l’époque archaïque vouaient un culte à la Déesse de la Lune, comme l’indique ce passage de Jeremiah 7, 18 de la Bible:
” Les enfants rassemblèrent du bois, et les pères allumèrent le feu, et les femmes pétrirent leur pâte, pour cuisiner des gâteaux en l’honneur de la Reine du Ciel…”

Même le Mont Sinaï était lié au culte du Dieu assyrien de la Lune nommé Sin. Le mot “Sinaï” signifiait “de Sin” ou “lieu de Sin”. Les Hébreux de l’époque archaïque étaient reconnus pour avoir nommé l’Égypte “Sinim” (signifiant Terre de la Lune) et c’est grâce à cette visite en ce territoire qu’ils comprirent les Mystères du culte lunaire.
L’histoire de l’humanité nous prouve que la Lune a joué un rôle important pour mesurer le temps, ainsi que pour nous guider dans la plantation et la récolte des plantes, que ce soit pour une utilisation traditionnelle ou magique. Les débuts et les conclusions de projets de tous les genres sont devenus liés avec les phases croissantes et décroissantes de la Lune. Pour les Sorcières qui travaillent avec les herbes, les phases de la Lune sont très significatives dans la plantation et même dans la cueillette. Les herbes magiques sont souvent plantées lors de la Nouvelle Lune pour assurer un maximum d’efficacité et ensuite elles sont récoltées lors de la Pleine Lune où les plantes sont à leur meilleur. De nos jours, on a prouvé que la Lune influence la poussée des plantes et que les phases influencent leurs propriétés pharmaceutiques.

Les sorcières italiennes et grecques disaient être capables d’attirer l’énergie de la Lune. L’origine de cette croyance est inconnue, mais aujourd’hui on dit que ces sorcières pouvaient effectivement faire “descendre” du ciel le pouvoir éthérique de la Lune dans un but magique.

Pendant l’époque des persécutions chrétiennes des sorcières, on croyait que la lumière de la Pleine Lune reflétant sur quelqu’un pouvait amener à la folie. Cette superstition aurait pris naissance pour une raison: décourager les gens à joindre un rite païen lunaire une fois la nuit tombée. Il est de même écrit dans la Bible que d’embrasser votre main à la Lune est un péché contre Dieu. Cette action était à l’origine un salut rituel à la Lune (la lancée d’un baiser).

Les croyances face à la température étaient associées avec la lune. Anciennement, on croyait qu’un anneau autour de la Lune annonçait de la pluie. Les tempêtes et les vents étaient liés aux phases lunaires et les Sorcières de la tradition Janarra liaient les associations astrologiques à la phase lunaire dans laquelle était née une personne, ainsi qu’à la saison et à la période de la journée et de la nuit. Ceci était un système intimement lié à la Lune et similaire au système astrologique utilisé de nos jours.

Le plus ancien des symboles représentant les déités lunaires est la pierre qui fut représenté, dans l’art ancien, par des piliers ou des cônes. Des anciennes légendes expliquent que ces pierres tombaient du ciel et qu’elles provenaient des déités. Il est intéressant de voir que ce symbole de la pierre se retrouve dans les anciennes croyances et légendes grecques, assyriennes, étrusques et romaines. En Chaldée, la déesse lunaire nommé Magna Dea était représentée par un obélisque de pierre noire comme l’était aussi Al-Uzza, la déesse arabe. Dans son livre “Migration of Symbols”, Goblet D’Alviella montre une série de dessins représentant de la pierre de lune sculptée à l’image de Diane d’Éphèse. Il est intéressant de noter que les anciens Éphésiens croyaient que la statue de Diane était tombée du ciel.

Yggdrasil

Yggdrasil

Un autre symbole démontrant l’importance de la lune est le glyphe de l’Arbre Lunaire que l’on retrouve dans l’Ancienne Religion. Des variations de ce glyphe peuvent être retrouvées dans l’art étrusque, assyrien, grec et romain. Les arbres ont souvent été perçus comme des ponts symboliques faisant le lien entre les Mondes. Dans les légendes folkloriques européennes, on racontait que des portes menant aux royaumes des fées apparaissaient parfois à la base de certains arbres. Dans certains mythes, l’arbre est à la source de tout, comme, par exemple, le mythe nordique d’Yggdrasil. Parfois, les arbres contiennent le fruit défendu ou bien encore contiennent la clé d’une conscience supérieure (Jardin d’Éden). L’association entre la Lune et les arbres est très ancienne et est connectée aux déités lunaires, au thème du fruit défendu et celui de l’illumination. Dans l’art ancien, l’arbre ou le pilier en bois a été fréquemment utilisé pour représenter le symbole de la Lune.

L’Arbre Lunaire a été représenté des centaines de fois et est un symbole typique de l’art ancien assyrien. Parfois, il était tout simplement représenté par un arbre ou bien il était représenté par un pilier stylisé. Dans d’autres anciens mythes, l’Arbre Lunaire était coupé et représenté comme un bateau, symbole du Dieu sacrifié, comme le démontre le mythe d’Osiris. Dans l’histoire de l’art, L’Arbre Lunaire est représenté par 13 bourgeons ou 13 torches (comme les 13 lunaisons annuelles). Dans l’art assyrien, l’Arbre Lunaire est parfois représenté comme un pilier central avec des rubans, tout comme le bâton de Mai (Druidisme). Des images ont été trouvées, montrant l’Arbre Lunaire représenté sur un autel, rappelant que la Déesse de la Lune fut adorée (ce qui fut le cas anciennement en Italie).

Déesse Diane

Déesse Diane

Lorsque les sorcières italiennes se rassemblaient sur le site du temple de Diane, au sanctuaire du Lac Nemi, deux piliers verticaux étaient érigés, supportant un pilier de bois horizontal, sur la côte nord-est du lac. Les sorcières s’agenouillaient et attendaient que la Pleine Lune apparaisse (de leur angle) comme si elle s’assoyait sur le pilier horizontal. Ensuite, elles se levaient et passaient sous le portail comme une action symbolique de pénétrer dans la dimension lunaire. Cette structure était nommée L’Arbre Lunaire ou Portail Lunaire. Des lanternes ou des lampes à l’huile étaient accrochées aux extrémités du pilier horizontal et lorsque la Lune “s’assoyait” au centre du pilier, elle formait, avec les deux lanternes, un triangle de lumière. Ce triangle était considéré comme un signe mystique annonçant que l’entrée dans la dimension lunaire était réussie. Aujourd’hui, les sorcières italiennes entrent et quittent le cercle sacré au nord-est et utilisent encore une version de cet ancien Portail Lunaire.

Les enseignements secrets de l’Ancienne Religion découlent de la représentation ésotérique de l’Arbre Lunaire. Par son aspect, il représente les Mystères en soi et la structure des anciennes croyances. L’Arbre Lunaire possède un fruit blanc, symbole de la nourriture sacrée de l’illumination. D’un point de vue mythologique, cet arbre est localisé au centre du bosquet sacré de Diane à Nemi et est gardé par “The Hooded One” (Celui qui est couvert). “The Hooded One” ou le Gardien du Bosquet est un puissant guerrier qui ne peut être facilement vaincu. Symboliquement, l’Arbre Lunaire représente le système des croyances de certains clans de sorcières et le fruit de l’Arbre est l’illumination qui survient suite à ses enseignements.

Le Gardien du Bosquet représente notre conscience qui nous empêche d’embrasser totalement la vision mystique en nous faisant sans cesse se questionner et discréditer nos expériences “surnaturelles”. C’est grâce à la pratique de la Magie et grâce à des rencontres mystiques que nous formons notre esprit suffisamment pour combattre le Gardien du Bosquet. Une fois le Gardien vaincu, le fruit de l’Arbre Lunaire est atteignable. La saveur de son essence est de recevoir l’initiation de la part du divin lui-même.

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